Cette page rassemble les théories existantes que l’on combine pour découper une discussion en références primaires (sourcées), mécaniques observées, propositions et arguments. L’objectif n’est pas l’exhaustivité doctrinale mais la commensurabilité : ranger dans quelques catégories une infinité de possibilités, afin de rendre lisible la structure d’un débat collectif.
Une assemblée ne produit pas un seul type d’argumentaire. Constater un fait, définir un terme, modéliser un mécanisme, adopter une proposition pour atteindre un but : ce sont quatre opérations distinctes qui appellent des structures différentes. Aplatir le tout dans une seule chaîne, comme nous le faisions au départ, marche pour l’évidence factuelle, mais devient très insuffisant dès qu’apparaissent des choix collectifs. La théorie de l’argumentation a tranché cette tension dès les années 1950. On hérite de son vocabulaire.
Source — Bib — Def — Fact — Meca — Systm.expAim — Prop — ArgScores % permet, de manière secondaire, une évaluation des deux composants principaux du débat : les faits constatés et la logique. La logique elle-même se décline en deux temps : celle quasi mathématique d’évidence — dite primaire — et celle construite secondairement sur des intentions et des choix — que je propose d’appeler secondaire.
Horst Rittel & Werner Kunz, 1970 ; Jeff Conklin, années 2000.
Conçu pour les wicked problems : problèmes politiques, urbanistiques, organisationnels. Trois entités :
Une Issue/Aim génère plusieurs Positions/Propositions concurrentes ; chaque Proposition attire des Arguments pro et con. La décision consiste à adopter une Proposition. Implémentations : Compendium, DebateGraph, Deliberatorium (MIT).
Stephen Toulmin, The Uses of Argument, 1958.
L’anatomie d’un argument unique, en six composantes :
Douglas Walton, Chris Reed & Fabrizio Macagno, Argumentation Schemes, Cambridge University Press, 2008.
Catalogue de soixante schémas standards : argument d’expert, argument par analogie, argument cause-effet, pente glissante, argument par les conséquences, argument par l’opinion populaire, etc. Chaque schéma vient avec ses critical questions qui le testent.
Hermagoras de Temnos (~150 av. J.-C.), Cicéron, Quintilien ; modernisée par Crowley & Hawhee.
Quatre stases ordonnées qui classent le type de désaccord en jeu :
Aristote, Rhétorique, ~350 av. J.-C.
Jay Forrester (MIT), Industrial Dynamics, 1961 ; John Sterman, Business Dynamics, 2000.
Une mécanique au sens où on l’entend ici est exactement un causal loop : variables qui s’influencent mutuellement, parfois avec délai, formant des boucles de rétroaction (positives et négatives). System Dynamics formalise les compositions de mécaniques avec stocks, flux et signes d’influence.
Bernard Roy (1968, école française ELECTRE) ; Thomas Saaty (1980, AHP).
Famille de méthodes pour comparer des alternatives selon plusieurs critères pondérés. Trois approches dominantes :
Deux cadres supplémentaires que l’on n’utilise pas en première implémentation mais qui restent disponibles si le besoin émerge :
Combinaison : IBIS comme squelette du débat, Toulmin à l’intérieur de chaque argument, schémas de Walton comme catalogue de tags, stases comme classification du type de question, System Dynamics en option pour les mécaniques formelles, MCDA pour les scores multi-critères.
| Niveau | Entité | Cadre académique | Rôle |
|---|---|---|---|
| Évidence | Source / Bib | — | Support épistémique |
| Conjecture (stase 1) | Fact | Walton — argument from sign / from evidence | « cela existe / s’est passé » |
| Définition (stase 2) | Definition | Walton — argument from definition | « X est un Y » |
| Mécanique | Meca | System Dynamics, causal loops | « X cause Y dans ce contexte » |
| Système | Systm | System Dynamics composé | « voici comment cela s’enchaîne » |
| Visée (stase 3) | Aim | Aristote délibératif — fin | Objet de vote, mesure du désirable |
| Adoption (stase 4) | Proposition | IBIS — Position | « voici ce que l’on devrait faire » |
| Argumentation | Arg | Toulmin (Claim+Data+Warrant) + tag Walton | Défendre ou attaquer une Proposition |
Toutes les entités primaires (Source — Bib — Definition — Fact — Meca — Systm) et secondaires (Aim — Proposition — Arg) sont implémentées dans TCollectif depuis mai 2026. Les détails d’usage sont publiés dans la zone d’administration des slashs Discord.
Un score unique noie l’information ; on adopte une grille multi-critères, distincte selon que la référence est primaire (truth-bound) ou secondaire (subjective, normée par une intention).
Échelle épistémique. Maximum par défaut, baisse si problème détecté.
Échelle d’appréciation. Variable, héritée des primaires sous-jacentes. Couvre toutes les couches dont l’évaluation passe par un jugement collectif (les couches subjectives Meca/Systm ont d’ailleurs un cycle de vie qui inclut explicitement hypothese).
Cette page sert de référence partagée. Les contributeurs n’ont pas à connaître les sept cadres pour participer : ils sont absorbés par l’interface (entités typées, tags, modaux). Le rôle de la page est de rendre traçable, en cas de litige doctrinal, sur quel terrain académique on s’appuie pour soutenir telle ou telle distinction du modèle.
Les évolutions du modèle suivront cette page. Les cadres complémentaires (pragma-dialectique pour la modération, Dung pour le calcul automatisé d’admissibilité) seront documentés ici à mesure de leur intégration.
Comment les sept cadres ci-dessus s’incarnent dans un outil opérationnel sur Discord et sur le web.
La théorie ne vaut que si elle fait. TCollectif transforme les cadres académiques en gestes quotidiens autour de deux verbes : nref (créer une nouvelle référence) et ref (la consulter, la citer, la mettre au panier). Chaque membre, sans connaître Toulmin ni Walton, agit pourtant selon Toulmin et Walton parce que l’interface matérialise la distinction.
/nref ouvre un modal qui capture une nouvelle entrée dans la pile : une Source, une Bib, une Définition, un Fact, un Arg, un Meca, un Systm. Chaque type a son formulaire adapté : la Source demande son type canonique (livre, article scientifique, vidéo, etc.) ; la Bib demande sa précision spatiale (page, paragraphe, timestamp) ; l’Arg demande sa polarité PRO/CON et le schéma Walton invoqué. L’effort de structuration est demandé au moment de la pose, pas après coup.
/ref consulte la pile existante. Le membre construit un panier de citations
(le RefCart, persistant), formate son post avec les notations courtes
{bib:13} {fact:24} {arg:7}, et publie. Le bot et le site
développent ensuite ces notations en citations APA-like inline et en bibliographie complète
en bas de post. La distinction création / consultation n’est pas un détail
UX : elle correspond à la dichotomie recherche / argumentation en travail
rhétorique réel.
Tagger un Arg par un schéma Walton n’est pas un label cosmétique. C’est activer automatiquement les critical questions que ce schéma appelle. Si un membre invoque le schéma argument from expert, il accepte d’avance que les contradicteurs lui posent les cinq questions critiques de Walton : « E est-il vraiment expert de CE point ? », « Y a-t-il consensus du domaine ? », « E a-t-il un conflit d’intérêt ? », etc. Le débat ne se règle plus à l’invective : il se règle à la liste de questions, contractuellement engagée par le geste de tagger. Le catalogue des 58 schémas est la grammaire commune.
Une définition de dictionnaire donne le sens. Le champ lexical donne les synonymes.
TCollectif ajoute une troisième couche : la charge pragmatique. Chaque Def porte ses
actions et réactions attachées, et les passes lexicales (get_lexicon_pass1/2)
enrichissent ce graphe via les dictionnaires généraux et les dictionnaires des 12 grandes catégories
professionnelles (taxonomie ROME). Résultat : un mot dans la pile TCollectif n’est pas
qu’une étiquette. C’est un nœud actif qui sait ce qu’il déclenche, ce qui l’invalide,
et quels schémas argumentatifs il appelle.
/reasoning_checkÀ la demande, un membre peut soumettre un post structuré (un Arg, un Meca, un Systm) à un contrôle automatique. L’IA ne juge pas le contenu (vrai ou faux), elle analyse la chaîne déductive : les Facts cités soutiennent-ils la conclusion ? Le schéma Walton invoqué est-il correctement appliqué ? Les critical questions sont-elles satisfaites ? Le rapport remonte chaque pas du raisonnement avec un verdict solid / weak / gap / contradicts_premise, et surface les sophismes typiques (échecs connus du schéma) qui pourraient menacer l’argument.
Aucune entité de la pile n’est éternelle. Si une Source est invalidée (étude rétractée, vidéo
supprimée, chiffre faux), la cascade descend automatiquement : les Bibs qui la citent
deviennent cascade_invalid, les Facts qui s’appuient dessus aussi, les Args qui
s’appuient sur ces Facts également, et ainsi de suite jusqu’aux Systms. Status calculé
dynamiquement, pas figé. Cela garantit la fraîcheur épistémique du débat — quand une preuve
tombe, tous les édifices argumentatifs qu’elle soutenait sont marqués pour révision.
Quand un membre invoque son autorité dans un débat (« en tant qu’avocat… ») et que le système flag potentiellement un argument d’autorité (sophisme typique du schéma Walton expert mal appliqué), un auto_check vérifie le profil métier ROME validé par les pairs du membre. Si son métier match le sujet, le sophisme est downgradé en niveau light : le flag reste visible (transparence) mais ne pénalise pas le score d’authenticité du membre. L’expertise vérifiée n’est plus invoquée, elle est connue de la pile et joue son rôle automatiquement.
L’outil est conçu pour C2.0 mais sa structure n’est ni partisane ni circonstancielle. La pile peut servir partout où un débat collectif a besoin de tracer ses sources, de structurer son raisonnement et de se rendre auditable.
L’objet politique central de La Commune 2.0 est le Référendum d’Initiative Citoyenne, formalisable en une chaîne : citoyens collectent un débat → débat structuré en pile TCollectif → Aim/Proposition/Args validés collectivement → texte court soumis au vote. Sans pile, un R.I.C. est attaquable comme « question mal posée », « biais partisan », « sources non vérifiées ». Avec la pile, chaque proposition arrive avec son arborescence complète : qui a sourcé, quels facts soutiennent, quels arguments militent pour ou contre, quelles critical questions ont été tranchées, quel score multi-critères a été retenu. Le R.I.C. devient inattaquable sur sa forme et le débat se recentre sur le fond. C’est la condition technique pour que la procédure démocratique survive à l’ère de la désinformation.
L’outil n’est pas une fin en soi. C’est une infrastructure de débat. Comme la double-comptabilité au XVe siècle ou le format MARC pour les bibliothèques au XXe, la pile SBDFMS/APA/S est un standard cherchant à commensurer ce qui ne l’était pas, pour permettre à des humains de raisonner ensemble sans réinventer à chaque débat les règles élémentaires de la rigueur argumentative.
La Commune 2.0 : publication, archivage et documentation des travaux issus de Discord.
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