🧭 Presse-Tendance — la méthode
Comment on lit la couleur éditoriale d'un média, sans porter de jugement — en mesurant des faits publics.
Ce qu'on mesure, et pourquoi
Un journal ne se révèle pas seulement par ce qu'il dit, mais par ce à quoi il consacre du volume — et par ce qu'il tait. Deux médias peuvent couvrir « l'insécurité » ; l'un n'en parle qu'à travers l'immigration, l'autre à travers la précarité. Le sujet est le même, la tendance diffère.
Pour chaque article, on mesure l'intensité de six fondements moraux — le soin, l'équité, la loyauté, l'autorité, la pureté, la liberté (cadre de Jonathan Haidt, 2012). C'est un axe gauche/droite mesurable sans opinion : on compte quels ressorts moraux le texte active, et en quelle proportion. On regarde aussi le cadrage (comment le problème est posé — Entman, 1993) et le volume par thème (l'agenda — McCombs & Shaw, 1972).
La signature d'un média : une moyenne
La couleur d'un média, ce n'est pas un article, c'est une tendance. On calcule la moyenne de ses articles : le profil moyen des six fondements, les thèmes sur lesquels il met le plus de volume, et ses angles morts (les ressorts qu'il ne mobilise presque jamais).
Comme c'est une moyenne, elle se stabilise passé un certain nombre d'articles. On construit donc un corpus par gros lots, puis on rafraîchit de temps en temps — pas tous les jours. En dessous d'un minimum d'articles, une signature est dite « provisoire ».
Les calques de sources
On ne conserve jamais le texte des articles, seulement les mesures qu'on en tire. Selon ce qui est librement et licitement accessible, on distingue trois couches, qu'on ne mélange pas :
Les regards extérieurs : des lentilles, pas la vérité
Il existe des observatoires qui notent les médias. Aucun n'est neutre : certains penchent à gauche, d'autres à l'extrême droite. Notre règle : ne jamais prendre un observatoire pour la réalité, mais les croiser — bords opposés plus une référence académique — et mesurer leur écart. Quand ils s'accordent, le signal est solide ; quand ils divergent, cet écart devient lui-même une information (« ce média est jugé très différemment selon le bord de l'observateur »). On n'ingère jamais de contenu qui vise des personnes (origines, vie privée) : seulement des structures et des faits publics.
La langue
On analyse chaque texte dans sa langue d'origine. Traduire d'abord, ce serait reformuler — donc déformer le cadrage qu'on cherche justement à mesurer. On ne traduit que ce qu'on affiche à l'écran pour le lecteur.
Les garde-fous
On ne travaille que sur des faits et contenus publics, on n'en garde que des mesures agrégées, on ne conserve pas les textes, et le résultat est une aide à la lecture — pas un verdict. Cette page décrit une démarche ; elle ne livre aucun moyen technique d'accès.
Cadres mobilisés : Haidt (fondements moraux, 2012), Entman (cadrage, 1993), McCombs & Shaw (agenda-setting, 1972), Herman & Chomsky (modèle de propagande, 1988). La mesure reste une supposition, transparente et reproductible.